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Armenia Tree Project: Reboiser
Pour Mieux Repeupler
By Mélanie Courtois
Nouvelles d'Armenie
Decembre 2004
Parrainer un arbre en Arménie.
Un concept original qui a permis à l’organisation
américaine Armenia Tree Project de planter
cinq cent mille arbres en dix ans et de créer
plusieurs centaines d’emplois. En préservant
l’environnement, l’ONG améliore
également la qualité de vie des
Arméniens et lutte contre le dépeuplement.
PARIS--Depuis la crise économique
de 1991, les Arméniens sont contraints
de couper les arbres pour se chauffer lorsque
le thermomètre passe en dessous de la
barre du zéro. Conséquences :
les forêts qui couvraient 25 % du territoire
au début du siècle et 12 % en
1990 ne représentent plus que 8 % de
l’Arménie. A ce rythme, dans vingt
ans, l’érosion, déjà
préoccupante, laissera place à
la désertification. Face à cette
situation plus qu’alarmante, Carolyn Mujar,
américaine d’origine arménienne,
et son mari, John O’Connor, décédé
depuis, décident, dès 1994, de
lancer un projet, baptisé Armenia Tree
Project. Leur objectif : reboiser l’Arménie
en mobilisant la diaspora.
S’inspirant d’un programme
existant entre le Fond national juif et Israël,
l’organisation propose aux Arméniens
de la diaspora d’acheter un arbre et de
le faire planter en Arménie. Avec un
autre avantage : participer à l’enracinement
de sa population.
"Reboiser, c’est aussi
créer des emplois, protéger l’environnement
et améliorer la qualité de vie
des Arméniens. Et donc lutter contre
le dépeuplement", explique Susan
Yacubian Klein, responsable d’Armenia
Tree Project en Arménie. Très
vite, des mécènes américains
participent au projet. Et les cours des écoles,
des parcs, des églises ou encore des
administrations reverdissent. Mais planter est
une chose, entretenir les arbres en est une
autre.
"Après soixante-dix
ans passés sous la botte de l’URSS,
les Arméniens avaient perdu
le sens des responsabilités. Nous avons
dû développer des règles
afin de s’assurer de la
pérennité de notre action".
Des contrats sont signés avec les directeurs
des institutions : si
plus de 30 % des arbres meurent, ils doivent
les remplacer eux-mêmes. Dix ans plus
tard, le bilan est un succès. 90 % des
plantations effectuées par l’Armenia
Tree Project survivent. Et pour cela, l’ONG
a déployé les grands moyens. Actuellement,
cinquante personnes travaillent au bureau d’Erevan
et ce dernier emploie entre 350 et 500 saisonniers
chaque année.
Elle a également diversifié
ses activités. "Nous avons ouvert
en 1996 et 1998 deux nurseries pour les arbres
à côtés d’Erevan,
à Karin et Khachpar. Dans ces villages
de réfugiés d’Azerbaïdjan,
les ONG ont construit des centres d’hébergements
mais aucun emploi n’avait été
créé pour leur permettre de gagner
leur vie ou au moins de survivre, explique Susan
Yacubian Klein. Nos nurseries emploient 20 réfugiés
qui peuvent ainsi s’occuper de leurs familles
au lieu de fuir le pays à la recherche
d’une vie meilleure".
Elles permettent aussi de fournir
des plants de bonnes qualités pour soixante-cinq
variétés d’arbres à
fruit ou d’agrément. " Aucune
nouvelle espèce n’est importée
car nous ne voulons pas perturber l’écosystème
du pays ", précise Susan Yacubian
Klein. Les saisonniers s’occupent également
des souches des arbres coupés afin de
les faire repartir. Au total, depuis 1994, 500
000 arbres ont ainsi été replantés
sur 500 sites différents, soit actuellement
55 000 arbres par an.
Parallèlement, l’ONG
a également décidé de travailler
plus particulièrement avec certains
villages. Dans la région de Gegharkounik,
Armenia Tree Project a proposé aux maires
de les aider à replanter des arbres et
à améliorer la qualité
de vie des habitants. Tous voulaient les arbres
mais se débrouiller seul. Sauf un, le
village d’Aygut. "Nous ne voulions
pas seulement apporter une aide ponctuelle.
Nous voulions vraiment travailler main dans
la main avec le maire et les villageois".
Le programme commence en 2002. Dans un premier
temps, les employés de l’organisation
s’occupent du jardin de l’école.
Puis, ils apprennent aux habitants à
créer de nouveaux plants, à les
faire pousser, à les planter puis à
les préserver.
Devant l’ampleur de la tâche
à accomplir à Aygud, l’ONG
décide de faire appel à d’autres
organisations. Elle finit par en convaincre
une dizaine. Plusieurs projets sont menés
de front, dans les domaines de l’agriculture,
de l’enseignement, avec la création
d’une salle internet, ou encore de l’élevage.
Ce qui ne manque pas de motiver les habitants.
La directrice de l’école, Alvard
Sarabekian, s’est par exemple démenée
pour pouvoir offrir un repas chaud par jour
aux enfants.
"Au début, nous ne
la voyions jamais sourire. L’hiver, certains
élèves s’évanouissaient
en cours car ils ne mangeaient pas à
leur faim et elle se sentait impuissante".
Elle organise une collecte pour meubler une
cantine et convainc le Programme alimentaire
mondial de l’ONU de fournir la nourriture.
"La directrice a retrouvé le sourire.
Et elle peut être fière, elle a
créé sa cantine toute seule. C’est
ce que nous voulons. Nous ne pourrons pas rester
éternellement. Nous aidons les habitants
à apprendre à se débrouiller
tout seul".
Depuis l’arrivé de
l’ONG à Aygut, aucun habitant n’a
quitté le village, deux familles s’y
sont installées et le taux de natalité
est en progression. Des signes qui prouvent
le succès des actions d’Armenia
Tree Project et des autres organisations. Les
villages de la vallée n’ont pu
que constater ces résultats et sont aujourd’hui
demandeurs.
"Nous avons réussi
à stimuler l’économie dans
une municipalité, nous aimerions le faire
dans les autres. Nous bataillons actuellement
pour convaincre les ONG de continuer les actions
dans les autres villages de réfugiés
mais ce n’est pas facile. Pourtant, nous
développons peu à peu notre technique
et nous allons être de plus en plus performant".
Susan Yacubian Klein souligne également
qu’il s’agit principalement de responsabiliser
les habitants et de les rendre autonome. "Notre
travail consiste désormais autant à
éduquer les Arméniens, qu’à
planter des arbres. Nous devons informer des
dangers de la déforestation afin de pouvoir
la combattre".
Si beaucoup de personnes pensent
que la crise est passée et que les arbres
ne sont plus coupés, la situation est
tout autre. Il existe certes des réseaux
pour fournir de l’énergie aux habitants,
mais ces derniers n’ont ni les moyens
de se raccorder aux canalisations, ni ceux de
payer les factures. La coupe des arbres continue
donc.
"Nous devons prendre en compte
cette réalité. L’abatage
industriel est également un problème.
Il existe des lois mais elles ne sont pas respectées.
Donc nous faisons avec. Si les habitants ne
peuvent pas arrêter de couper les arbres,
ok. Mais ils doivent ensuite replanter les zones
dévastées".
Un programme de reforestation a
été lancé à Vanadzor.
Dans les années 90, tous les arbres ont
été coupés dans les montagnes
et l’érosion sévit dans
la région. Les éboulements sont
fréquents sur les routes. Replanter des
arbres permet de combattre ce problème.
Une nurserie a aussi été ouverte
en collaboration avec Tsatsil, ONG arménienne
locale, et emploie des réfugiés.
Les employés d’Armenia
Tree Project interviennent désormais
dans les écoles afin d’apprendre
aux professeurs à enseigner les questions
liées à l’environnement.
L’organisation a également créé
un centre pour l’éducation environnementale,
baptisé Michael et Virginie Ohanian,
à une demi-heure de la capitale. Les
étudiants de l’académie
de l’agriculture et de l’université
d’Erevan viennent y suivre des cours pratiques.
Dans le parc du mémorial au génocide
de la capitale, des enfants, encadrés
par des animateurs, viennent ponctuellement
aider le samedi à nettoyer les souches.
Le président Robert Kotcharian
et le ministre de l’environnement ont
de leur côté, fait des promesses
pour redresser la situation. "Peut-être
qu’ils vont simplement agir pour que ça
se voit et pour gagner des électeurs,
avance Susan Yacubian Klein. Mais peu importe,
l’important, c’est la conséquence
et s’ils améliorent l’environnement,
ce sera très positif pour l’Arménie.
Ils doivent s’en soucier car beaucoup
de personnes ont protesté contre l’abattage
des arbres à Erevan".
L’information se diffuse
lentement mais sûrement. Les Arméniens
commencent à comprendre l’importance
des arbres et le lien entre déforestation
et pauvreté. Les actions de l’ONG
se sont multipliées et diversifiées
depuis 1994 mais la reforestation continue.
Et elle permettra peut-être de contredire
cette constatation de Chateaubriand : les forêts
précèdent les peuples, les déserts
les suivent.
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